
Facteurs clés pour se lancer en collectif d’éleveurs pour la commercialisation de lait bio

Dans la Loire et le Rhône, l’élevage bio est bien implanté. Par conséquent, la crise que traverse la bio se traduit par une dépendance accrue aux collecteurs industriels, des débouchés plus incertains parfois éloignés du territoire et des prix non représentatifs de la plus-value environnementale du lait bio. Dans ce contexte, AGRIBIO Rhône & Loire accompagne trois collectifs d’éleveurs engagés dans la structuration de filières lait bio locales. Voici un retour de cette expérience avec des recommandations pour se lancer en collectif dans la structuration d’une filière bio et locale.
Article extrait du magazine la Luciole 49 (Automne 2025)
édité par le réseau FRAB – GAB AURA
Commercialiser via un collectif d’éleveurs : une réponse aux crises des filières longues
La mise en place de démarches collectives apparait pertinente pour répondre aux crises des filière longues. A titre d’exemple, dans le Pilat, la rupture unilatérale d’un contrat par un collecteur a laissé des éleveurs dans l’incertitude. Se structurer localement en collectifs d’éleveurs permet de nouer des partenariats plus fiables, nourris par un ancrage territorial fort et des relations horizontales. La collaboration entre la Fromagerie des Quatre Fermes et les chevriers bio de Cap’Pilat illustre cette dynamique : la proximité géographique et la connaissance mutuelle renforcent la confiance et la coopération. «Retrouver des relations de confiance avec des gens qu’on connaît, c’est précieux», résume l’un des éleveurs du collectif.

3 facteurs clés pour la mutualisation dans un collectif
Des éleveurs avec une situation économique solide
Ces collectifs d’éleveurs sont nés d’un constat partagé : dans un marché du bio en recul, une filière locale n’est pas, à court terme, une réponse miracle aux difficultés économiques. Sa mise en place demande du temps, de l’énergie et une ferme solide. «Pour se lancer, il faut avoir une ferme solide économiquement et du temps disponible», confirme un producteur.
La création d’une filière locale est un travail de longue haleine. «AlterMont, dans les Monts du Lyonnais, ça a été cinq ans de réunions avant de voir naître la fromagerie », se souvient un cofondateur. S’engager dans un tel projet sans stabilité économique ou avec une urgence financière forte peut s’avérer risqué.
Un collectif motivé par la mise en place de liens humains
Si l’enjeu économique est présent, il n’est souvent pas la première motivation d’une démarche de mutualisation. A cet effet, les témoignages des éleveurs convergent : la dynamique collective et les liens humains comptent autant, voire davantage, que la perspective de revenus supplémentaires. «Même si le projet n’aboutit pas, ce sont vraiment les réflexions collectives qui m’importent. C’est stimulant», confie un éleveur.
Ces collectifs rompent l’isolement, permettent des échanges réguliers et créent un soutien moral au quotidien. «Avant de rejoindre le projet, je ne connaissais personne dans la région, ça m’a permis de faire de belles rencontres ». De fait, dans un métier souvent solitaire, ces espaces collectifs deviennent essentiels pour les éleveurs.
Mieux impliquer les acteurs de l’aval
Ces expériences de mutualisation sont riches en enseignement. Un levier d’amélioration qui émerge : impliquer les acteurs de l’aval (transformateurs, distributeurs, restauration collective) dès le début du projet. Comme le résume un éleveur, «si on ne sait pas où on va vendre, on risque de se planter ». Cette implication précoce permet d’adapter l’offre aux attentes et de sécuriser les débouchés.
L’accompagnement : un facteur clé pour les collectifs d’éleveurs
Les éleveurs et éleveuses des collectifs accompagnés par AGRIBIO Rhône & Loire insistent sur l’importance de cet accompagnement. Il est essentiel pour « tenir la barre », animer les collectifs et coordonner les étapes du projet. «Nous n’aurions jamais été aussi régulier seuls», explique un producteur.
Zoom sur les 3 collectifs accompagnés dans le cadre du projet Confilait Bio
1️⃣ LAITCOLO BIO (Monts du Lyonnais) : Trois fermes mutualisent leur force pour créer une laiterie collective afin de transformer leur lait en fromage blanc. Leur objectif est de commercialiser leur production via des circuits de proximité notamment la Métropole de Lyon.
2️⃣ ROANN’LAIT BIO (Loire) : Trois fermes intégrées au Projet Alimentaire Territorial du Roannais développent la transformation à façon de fromages affinés pour mieux valoriser leur lait.
3️⃣ Cap’Pilat (Pilat) : Après des années de collecte partagée entre deux industriels, trois chevriers bio ont vu l’un des contrats se rompre unilatéralement. L’épisode, vécu comme une trahison, les a poussés à sécuriser leur débouché en vendant leur lait à la Fromagerie des 4 Fermes, implantée sur leur territoire.

Mobiliser des expertises extérieures au collectif
Les porteurs et porteuses de collectif soulignent également la nécessité de mobiliser des expertises extérieures. Elles peuvent concerner des aspects techniques, juridiques, économiques ou de communication. Les besoins les plus cités concernent la réalisation de business plans et de prévisionnels économiques, la prospection commerciale mais aussi la création d’outils de communication. «On ne peut pas maîtriser tous les sujets», rappelle une éleveuse reconnaissant que ces domaines ne relèvent pas toujours de la compétence des éleveurs.

Rédaction
Ambre Peloux, AGRIBIO Rhône & Loire
15 novembre 2025




