Renforcer la durabilité de son exploitation agricole en s’inspirant de la robustesse du vivant

renforcer la durabilité de son exploitation agricole aurabio.org

L’observation du vivant nous oriente vers des choix guidés par la recherche de robustesse plutôt que par la recherche de performance. Ce principe vulgarisé par Olivier Hamant, chercheur biologiste et directeur de recherche à l’INRAE, est source d’inspirations pour apporter de la résilience en agriculture. Avec Aurélie Sutter, membre du collectif la robustesse.org, décryptons la robustesse et voyons comment elle peut guider les pratiques pour renforcer la durabilité de son exploitation agricole.

Article extrait du magazine la Luciole 49 (Automne 2025)
édité par le réseau FRAB – GAB AURA

La recherche de performance fragilise la durabilité de nos environnements

Changement climatique, 6ème extinction de masse des espèces, dérèglement du cycle de l’eau, pollutions globales sans compter l’augmentation des inégalités… le tableau d’ensemble est sombre. Comment en sommes-nous arrivés là ? Olivier Hamant, chercheur biologiste et directeur de recherche à l’INRAE l’explique très simplement : par notre addiction à la performance, nous avons cherché à tout optimiser. Résultat : nous avons fragilisé « le système » qui craque de toute part. Désormais, nous sommes entrés dans un monde instable et en pénurie chronique de ressources. Dit autrement, ça va tanguer de plus en plus fort et souvent. La bonne nouvelle, c’est que le vivant peut nous éclairer. Avec ses plus de 3,8 milliards d’années d’expérience, il construit sa robustesse contre la performance.

Comment la sous-performance du vivant renforce sa durabilité !

Pas besoin de chercher loin : à 37° en moyenne, notre corps n’est pas performant. De fait, nos réseaux moléculaires favorisent les contre-performances pour maintenir une dynamique interne forte, capable de répondre aux fluctuations extérieures : redondances, aléas, délais, hétérogénéités, erreurs, incohérences. Les biologistes ont identifié que notre corps atteint son pic de performance à 40°. La fièvre permet notamment aux enzymes de fonctionner plus efficacement afin d’activer une réponse immunitaire adaptée. Mais ce rythme ne peut pas être maintenu bien longtemps sinon c’est le burn-out moléculaire ! Il faut vite revenir en mode de croisière : la sous-performance. Les réseaux moléculaires sont avant tout adaptables. Ils construisent même leur adaptabilité contre la performance, c’est-à-dire contre l’efficacité et contre l’efficience.

Des pratiques agricoles robustes renforcent la durabilité des exploitations agricoles

La performance invite aux solutions clefs en main pour obtenir un rendement maximal. Par exemple, dans le cas des sécheresses à répétition, la mise en place d’un système d’irrigation semble la solution la plus adaptée. C’est efficace mais est-ce viable à long terme quand l’eau va se raréfier ? La version robuste serait notamment de chercher les conditions dans lesquelles maintenir l’eau sur la parcelle et d’utiliser un système d’irrigation à la marge, de manière temporaire. Favoriser la biodiversité, explorer l’hydrologie régénérative, s’inspirer des ouvrages castors : toutes ces expérimentations s’appuient sur des principes de sous-optimalité du vivant (hétérogénéités, lenteurs, incohérences…).

Côté élevage, la race Bleu Blanc Belge est un exemple de performance poussée à l’extrême. Sélectionnée pour ne faire que du muscle, cette vache ne peut plus s’alimenter seule en prairie. Un colosse aux pieds d’argile ! Il en va de même lorsqu’on sélectionne la variété de blé la plus adaptée à certaines conditions bien particulières : performante dans certaines conditions, elle ne le sera plus si les conditions changent. Les mélanges variétaux seront moins performants dans un contexte précis mais plus robustes pour faire face aux aléas.

A l’échelle d’une ferme, la robustesse va orienter les pratiques agricoles :

  • Diversifier ses pratiques, ses cultures et ses sources de revenus,
  • Réduire ses dépendances (aux intrants, aux machines…),
  • Préserver les savoir-faire, travailler la circularité et composer avec les forces en présence,
  • renforcer la coopération territoriale

L’ensemble de ses pratiques « robustes » va renforcer la résilience de son système de production agricole et la durabilité de son exploitation agricole.

Week end exploration du vivant à la ferme du Grand Laval (Juillet 2025 – Drôme)

Dans le monde performant, on utilise de la matière pour gagner du temps. Dans le monde robuste on utilise du temps pour préserver de la matière. Plutôt qu’une agriculture de précision au service de la performance, le monde de la robustesse va se caractériser par l’agriculture de l’imprécision. Une agriculture robuste repose sur le choix de pratiques variées qui invitent à ralentir pour se reconnecter à son écosystème et favorise ainsi les interactions et les coopérations. Les réseaux « Paysans de nature » et « Fermes paysannes et sauvages » sont des exemples de coopération robuste. Une inspiration qui devrait porter bien au-delà du monde agricole : ne plus lutter contre, mais refaire alliance avec le vivant (humains et non-humains).

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Aurélie Sutter, facilitatrice et formatrice en redirection écologique, membre du collectif larobustesse.org
15 novembre 2025